Vient de paraître Enfances, le numéro 3 du feuilleton poétique de l’année 2022. Dix poèmes qui portent un peu du mystère de cette période de la vie : le temps des empreintes qui façonnent l’âme, des rêves qui inventent des mondes, celui des premières rencontres avec la confiance et la déception, la beauté et l’indifférence, le désir et le désarroi.

L’enfance demeure, dans son éclat diamantin, une manière de perfection chérie, protégée, bien à l’abri dans le poème. Lumineuse et redoutable, souvent indécise, toujours fragile, nous la traversons comme en apesanteur, et lui restons redevable de l’essentiel : notre façon d’être au monde.

« Que faire de ces enfances que nous portons, transportons et reportons à l’infini sans même nous en apercevoir ? »

Psychologues et psychanalystes, avec leurs concepts propres, explorent les forces et les conflits qui conditionnent notre façon d’être au monde, et nous aident à, ou nous empêchent de devenir ce que nous devons être. Depuis le IVe siècle, le christianisme a, quant à lui, développé la notion de « péché originel », une notion bien difficile à entendre pour l’homme post-moderne. Le péché est une figure du mal qui se manifeste dans la culpabilité.

Le « péché originel » semble alors être un pur modèle de péché. Puisqu’il n’est lié à aucun acte mauvais, d’où peut-il provenir ? Pour Lacan, la culpabilité serait l’expression du manque, le « signifiant » de la finitude. Elle serait le produit de la confrontation avec l’impossible, bien plus qu’avec l’interdit. Serait-ce dans un manque originel que se trouverait l’origine du péché originel ? Ce redoublement – l’origine de l’originel – ne pourrait-il pas être le signe d’un possible dénouement ?

Avec le péché originel, Saint Augustin a aussi inventé la reconciliatio, c’est-à-dire la réconciliation de l’homme avec Dieu grâce à la médiation du Christ, qui peut dénouer la fatalité du mal, comme il advient dans le baptême où il conserve cette fonction réconciliatrice dans le dogme catholique.

Trouver la force de devenir sans cesse ce que l’on doit être, requiert d’opérer un retour sur notre propre histoire et de nous réconcilier avec elle. Or, l’histoire d’un homme, c’est d’abord, avant tout – et après tout – celle de son origine et de son lignage. C’est donc avec eux qu’il s’agit de nous réconcilier. À défaut, nous voilà contraints, culpabilisés, malheureux. La réconciliation peut nous sortir de ce piège, mais elle a besoin d’une médiation.

J’aimerais que la poésie des Enfances soit lue comme une poésie de réconciliation.