Silence, on égorge ! Et voilà que le djihadisme ne rencontre que notre déni et notre pusillanimité. Vous connaissiez déjà le déni devant les récents événements du stade de France, et bien d’autres dénis antérieurs et obstinés, si outrés qu’ils en deviennent comiques. Voici à présent le déni de ce « djihadisme d’atmosphère » que Gilles Kepel décrit dans Le Prophète et la Pandémie (Gallimard, 2021).

Pour une multitude d’affaires comme celle, notamment, de l’assassinat d’Alban Gervaise, la dimension djihadiste des actes est niée. Ces faits gravissimes et répétés se trouvent relégués dans la rubrique des « faits divers ». Dans la presse écrite nationale, Le Figaro, Le Point, Valeurs actuelles et Causeur auront été les seuls à traiter le sujet pour ce qu’il est, un meurtre commis au nom d’Allah.

Ce déni-ci n’est pas moins ridicule et humiliant que ces dénis-là, qui tous en silence proclament cette vérité : « Nous sommes aveugles, impuissants, soumis, défaits« . C’est aujourd’hui le temps des défaites qui ne sanctionnent aucun combat perdu. Être défait sans avoir combattu, c’est faire un pas de plus vers la soumission.

Homère chantait les héros victorieux et les armées défaites. Si, devant Troie, après dix ans de guerre, les survivants sachant encore pourquoi ils combattaient ne furent sans doute plus très nombreux, encore eurent-ils le courage du combat.

Silence, on égorge

Ce déni politico-médiatique se présente comme une sorte de défaite par prétérition. « La France n’est pas un coupe-gorge » clamait il y a peu un ministre de la République française, nous indiquant par là que, précisément, c’est ce qu’elle est devenue : un coupe-gorge en acte, et non plus métaphorique.

Silence, on égorge

« Causeur brise l’omerta médiatico-politique qui entoure un certain nombre de meurtres islamistes dont celui d’Alban Gervaise, ce médecin militaire tué à 40 ans devant l’école de ses enfants. Son portrait figure sur notre couverture. Pour Élisabeth Lévy, introduisant le dossier, il est mort deux fois: égorgé par le couteau de son meurtrier, enseveli par le silence de son pays. C’est ce refus du réel qui est sûrement le mal français le plus profond. » 

Causeur, numéro de l’été 2022

Le procès des attentats du 13 novembre vient de s’achever, mais dans la rue le spectacle continue. Silence, on égorge ! Les couteaux, les poignards et les machettes s’enfoncent dans la chair de la France. Ces lames assassines veulent défaire la France et sa civilisation. Le déni public vient couronner notre défaite.

Le déni : la défaite sans le combat

Défaites, le nouveau numéro de notre feuilleton poétique de l’année, nous parle de nos défaites intimes. Rien qui puisse être comparé à celles que le djihadisme inflige à notre pays tout entier. Ces défaites intimes ne sont toutefois ni moins douloureuses, ni moins humiliantes que ne l’est la pusillanimité de nos dirigeants devant nos ennemis. Ce sont des morts que l’on pleure dans tous les cas. Mort des amours, mort de l’espoir, mort des hommes, d’une nation, d’une civilisation. Aurons-nous eu du courage ? Aurons-nous su combattre pour ce, pour ceux que nous aimons ?

Défaites, Jean-Marie Sonet, BoD GmbH Ed (2022)
E-Book – ISBN 978-2-322-43835-8.

Mise à jour : Salman Rushdie

M.à j. du lundi 19 septembre 2022 : Il y a un peu plus d’un mois, le 12 août, vers 11 heures, à Chautauqua, dans l’État de New York, un nommé Hadi Matar poignardait Salman Rushdie, l’écrivain bien connu. C’est une fois de plus au nom d’un certain « Allah » que la tentative de meurtre a été commise. L’indignation chez nous a été ce qu’on pouvait craindre : déni et pusillanimité. Elle a rapidement disparu des radars. Un « fait-divers » de plus. Voici ce qu’en dit Céline Pina dans la dernière édition du magazine Causeur :

« Ce n’est (..) pas seulement la récurrence des attaques meurtrières qui crée le désespoir, c’est surtout cette attente éternellement déçue d’une réaction à la hauteur. Les Français ne croient plus que l’accumulation des crimes va enfin ouvrir les yeux de la classe politique sur la dangerosité de l’idéologie islamiste, la réalité de son entrisme dans les associations et institutions, et sa capacité à imposer ses codes (voile, hallal, radicalité religieuse). »

Céline Pina, Causeur, 18 septembre 2022